Sujets approfondis
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EMBAUCHER UN·E ARTISTE éTRANGèR·E
LES DIFFéRENTS CAS SELON LE PAYS D'ORIGINE
Les principes généraux de l'emploi d'un·e artiste ou technicien·ne étranger·ère (statut, fiscalité, cotisations) sont posés dans une première fiche. Concrètement, les démarches d'autorisation de séjour et de travail, elles, dépendent fortement du pays d'origine de la personne. Trois cas de figure se distinguent : l'Union européenne (et assimilés), le Royaume-Uni depuis le Brexit, et le reste du monde.
Union européenne, EEE et Suisse : la libre circulation
Les artistes et technicien·nes venant d'un pays de l'Union européenne ou de l'Espace économique européen (EEE), ainsi que de Suisse, d'Andorre ou de Monaco, n'ont besoin ni de visa, ni d'autorisation de travail pour venir travailler en France, quelle que soit la durée du séjour.
- Statut : la présomption de salariat s'applique, sauf pour un·e artiste déjà indépendant·e dans son pays d'origine et venant exercer en France de manière temporaire (article L.7121-5 du code du travail).
- Cotisations sociales : si la personne reste affiliée à la Sécurité sociale de son pays, l'employeur français demande le formulaire A1. Les cotisations françaises ne sont alors pas dues.
Le reste du monde : autorisation nécessaire, sauf exception de 3 mois
Pour un·e ressortissant·e d'un pays hors UE/EEE/Suisse, deux situations :
- Contrat de 3 mois ou moins, pour un·e artiste ou un·e technicien·ne directement rattaché·e à la production du spectacle : aucune autorisation de travail n'est nécessaire, depuis un décret de 2016. Un visa de court séjour peut néanmoins être exigé selon la nationalité.
- Contrat de plus de 3 mois : une autorisation de travail reste obligatoire, le plus souvent sous la forme d'une carte de séjour « passeport talent, profession artistique et culturelle », valable un an et renouvelable.
Côté cotisations sociales, si le pays d'origine a signé une convention bilatérale de Sécurité sociale avec la France, il faut vérifier ce qu'elle prévoit précisément. À défaut, les cotisations françaises s'appliquent normalement.
Le cas particulier du Royaume-Uni depuis le Brexit
Depuis le 1er janvier 2021, le Royaume-Uni n'appartient plus à l'UE ni à l'EEE. Les artistes et technicien·nes britanniques sont donc, en principe, traité·es comme les ressortissant·es de tout autre pays du monde. Mais certaines règles limitent l'impact de ce changement pour les tournées courtes :
- Autorisation de travail : la dispense de 3 mois pour les artistes et technicien·nes rattaché·es à la production s'applique à toutes les nationalités, y compris britannique. Une venue en France de moins de 3 mois ne nécessite donc toujours pas d'autorisation de travail.
- Visa : un visa de court séjour peut être demandé selon la durée et la nature du séjour, à vérifier au cas par cas.
- Sécurité sociale : un protocole de coordination de la Sécurité sociale, intégré à l'accord de commerce et de coopération UE-Royaume-Uni entré en vigueur le 1er mai 2021 (application provisoire dès le 1er janvier 2021), permet encore d'utiliser le formulaire A1 pour un détachement du Royaume-Uni vers la France. Seule différence notable : la durée de détachement est désormais limitée à 24 mois.
- Fiscalité : la convention fiscale franco-britannique existante continue de s'appliquer, indépendamment du Brexit.
MARCHE EXPLORATOIRE
La marche exploratoire consiste à faire arpenter un lieu, en petit groupe, par les personnes qui le vivent au quotidien, pour recueillir leur perception concrète de ce qui favorise ou entrave leur sentiment de confort et de sécurité. Née à Toronto et Montréal au début des années 1990, elle s'est diffusée en France à partir des années 2000 pour s'étendre à de nombreuses thématiques : aménagement urbain, mobilités, budgets participatifs, et aux équipements culturels, musicaux et festifs.
Les salles de concert, festivals, studios, clubs et lieux de musiques actuelles cumulent des facteurs propices au harcèlement et à la discrimination passive. Le regard des femmes et des personnes en minorité de genre étant rarement sollicité en amont, la marche exploratoire permet de le recueillir de façon structurée, avant qu'un problème ne devienne un point noir identitaire du lieu.
Les objectifs
Une marche exploratoire est un outil de diagnostic partagé, fondé sur les savoirs et experiences des usagers du lieu. Elle vise plusieurs buts :
- Recueillir rapidement un diagnostic incarné, à moindre coût, sur un lieu ou un parcours donné.
- Confronter les points de vue : direction, équipes techniques, programmateur·rices, bénévoles, sécurité et publics concerné·es.
- Construire une vision partagée du lieu et de ses failles.
- Favoriser la parole de publics souvent peu entendus dans la gouvernance des lieux culturels.
- Déboucher sur des recommandations concrètes et un suivi de leur mise en œuvre.
Étape 1 — Préparation
Cette première étape pose le cadre de la marche :
- Réunir un groupe volontaire (public régulier, bénévoles, associations féministes ou LGBTQIA+ locales), d'une dizaine de personnes maximum, représentatif de plusieurs âges et profils.
- Choisir un parcours ciblé : file d'attente, entrée, vestiaire, bar, fosse, sanitaires, loges, parking à vélos, sortie et abords nocturnes.
- Désigner une personne guide, un·e preneur·euse de notes, un·e photographe (hors visages sans consentement) et un·e rapporteur·euse.
- Préparer une grille d'observation simplifiée et un plan du lieu.
- Fixer un calendrier : la marche gagne à être menée à différents moments (avant, pendant, après un concert, de jour comme en soirée).
Étape 2 — La marche (déambulation)
Le groupe parcourt le site en observant et en notant au fil de l'eau : le ressenti immédiat est suffisant, sans trop l'intellectualiser ou le réfléchir sur le moment. La personne guidant la marche favorise les échanges entre participant·es et la confrontation des points de vue. En marchant, le groupe identifie aussi les personnes ou services potentiellement responsables des solutions : responsable de salle, service technique, sécurité, mairie, bailleur.
Étape 3 — Analyse collective et restitution
Un temps convivial de mise en commun permet de consolider les observations. On partage une synthèse et le groupe hiérarchise les priorités. Le compte-rendu (un tableau des points forts et faibles, pistes d'amélioration priorisées, photos, carte annotée) est ensuite présenté aux décideur·euses du lieu, idéalement lors d'une restitution publique.
Étape 4 — Le suivi indispensable
C'est l'étape la plus souvent négligée, alors qu'elle conditionne la crédibilité de toute la démarche :
- Informer les participant·es des suites données à chaque recommandation.
- Organiser un suivi régulier jusqu'à la concrétisation des demandes.
- Reprogrammer une marche ultérieure pour mesurer l'impact des aménagements réalisés.
Grille d'observation
6 principes permettent de structurer l'observation pour visualiser des problématiques :
- Savoir où l'on est et où l'on va : fléchage clair vers sanitaires, sorties et poste de secours, affichage d'un point de contact « signaler une situation ».
- Voir et être vu·e : éclairage des abords, du parking et des trajets vers les transports, absence de recoins aveugles.
- Entendre et être entendu·e : présence repérable de staff formé tout au long du parcours, possibilité réelle d'obtenir de l'aide.
- Pouvoir s'échapper et obtenir du secours : protocole anti-harcèlement connu et affiché (par exemple le protocole « demander Angela »), point d'écoute identifié.
- Vivre dans un environnement propre et accueillant : sanitaires et vestiaires sécurisés, zones de repos non isolées.
- Agir ensemble : comité ou canal pour recueillir la parole des publics, implication du public dans la co-construction des règles du lieu.
Quelques points à ne pas oublier dans ce contexte précis :
- La file d'attente extérieure et les abords du site, souvent l'angle mort des dispositifs de sécurité en salle.
- La densité des personnes dans la fosse ou sur la piste, et la possibilité de sortir facilement en cas de malaise.
- Le trajet retour après l'événement : dernier métro ou bus, éclairage du parking vélo ou voiture.
- La formation du personnel et des bénévoles à l'écoute et à la non-minimisation des témoignages.
- La prise en compte des personnes en situation de handicap et des besoins des personnes trans ou non-binaires.
Les bénéfices attendus
- Rendre les publics concerné·es actrices et acteurs de leur propre sécurité et de leur confort dans le lieu.
- Faciliter des aménagements concrets et peu coûteux à court terme : éclairage, signalétique, formation du personnel.
- Renforcer la légitimité des publics minorisés à occuper pleinement l'espace festif, de jour comme de nuit.
- Construire un partenariat durable entre direction du lieu, bénévoles, publics et collectivité.
- Objectiver des situations qui, sans cette démarche, restent de l'ordre du ressenti individuel non pris en compte.
Guide "Genre et espace public" (Ville de Paris, 2023)
Guide méthodologique des marches exploratoires (Comité interministériel des villes, 2012)
Le diagnostic en marchant ou marche exploratoire (diagnostic-territoire.org, 2016)
Base de grille d'exploration à télécharger pour préparer/réaliser sa marche exploratoire

